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Novembre 2009


La lecture des mémoires déposés dans le cadre des audiences de la Commission Coulombe a permis de connaître les divers modes de gestion revendiqués.  Elle a permis également d’explorer la diversité des valeurs et d’autres types de fondements de l’action sociale, soutenus dans le discours de chacun.  La répartition des idées directrices ou idées-centres validées au moyen des modèles théoriques et empiriques, a permis de révéler la teneur relative des différents fondements et selon le cas, la présence de lieux d’indiscussion.


Résultats


Les résultats issus de l’analyse semi-qualitative sur l’échantillon ont révélé une très grande popularité des idées soutenant les valeurs de conformisme et de sécurité; deux valeurs qui ensemble, dénotent la poursuite d’une idéologie conservatiste à l’égard de la forêt, conformément au modèle de Schwartz.

Tel qu’il apparaît au premier graphique, la tradition est fortement soutenue par les groupes autochtones.  On observe également que l’autodétermination apparaît comme une valeur forte chez les acteurs du groupe des élus municipaux et des acteurs régionaux. Comme aucun indicateur lexicométrique n’a pu être établi  pour mesurer l’adhésion relative au pouvoir, cette dernière n’apparaît pas au graphique plus bas.  La somme des autres valeurs est ramenée à une pondération de 100% pour chaque groupe d’acteurs.

L’hédonisme et le pouvoir n’ont pu être retenus pour analyse sur la population et n’apparaîssent donc pas dans le graphique plus haut.   La première valeur n’était soutenue que par 6 propositions validées sur un total de 7 794 formant l’échantillon.  Le pouvoir regroupe 6% des propositions validées mais on a pu établir d’indicateur lexicométrique pour mesurer son importance relative au sein des divers groupes d’acteurs.  Les autres valeurs ont été ramenées à une pondération de 100% pour chaque groupe d’acteurs.

Relativement aux mondes de Boltanski, la logique industrielle domine les différents argumentaires rencontrés.  La logique de l’opinion ressort également de manière marquée, alors qu’on exige plus de transparence de la part des gestionnaires.

Le graphique 2 révèle une forte adhésion à la logique industrielle, d’abord chez les acteurs du groupe « récréotourisme » puis chez ceux du mouvement coopératif et chez les acteurs du groupe « faune ».  La logique du monde inspiré apparaît très fortement chez les groupes autochtones et chez les acteurs du monde agricole.  La logique du monde marchand apparaît très fortement chez les acteurs de la forêt privée en premier lieu.

Comme pour le pouvoir du modèle de Schwartz et pour les mêmes motifs, la logique civique n’apparaît pas au graphique et la somme des autres logiques-types est ramenée à une pondération de 100% pour chaque groupe.

L’étude a permise de révéler des patrons de distribution selon des fondements empiriques identifiés au terme des analyses qualitatives et semi-qualitatives.  Deux modèles sont présentés ici ; l’un constitué de fondements communs simples et l’autre de fondements complexes.

Le fondement relié à l’idée-centre « transformation » rejoint directement celle de valeur ajoutée, associée aux produits issus de l’exploitation forestière.  Cette idée pourrait également s’appliquer à des fonctions de l’environnement forestier autres que celles reliées à la transformation de la ressource ou aux processus de gestion.  Ici, l’idée de valeur ajoutée associée à celle de transformation se précise avec celles de deuxième et troisième transformations.  Bien qu’il soit question de première transformation dans un certain nombre de propositions qui réfèrent à l’idée-centre du même nom, la grande majorité d’entre elles font plutôt la promotion de la valeur ajoutée des produits issus de l’exploitation forestière.  Les groupes de l’industrie, de la forêt privée et de l’agriculture sont les plus forts adhérants à l’idée « transformation ».

L’idée-centre « droits » est soutenue très fortement chez les groupes autochtones, loin devant tous les autres groupes.  L’idée « rôle » est très fortement soutenue par les associations et ordres professionnels.  Viennent en deuxième lieu les acteurs du mouvement coopératif puis chez ceux de la catégorie « récréotourisme ».

Les fondements reliés aux idées-centres « critères » et « critère », le dernier constituant le satellite le plus rapproché ; réfèrent principalement aux grandes fonctions naturelles de la forêt et à la biodiversité.  Le premier réfère à l’admissibilité de certains traitements sylvicoles, à celle de certains programmes et à certaines dispositions de la loi, mais surtout, au respect du principe général de durabilité.  L’idée-centre « critères » donne lieu à un noyau représentationnel important comportant neuf idées satellites.  Parmi ces dernières, la biodiversité, la santé et la polyvalence viennent renforcir la référence à la durabilité de l’environnement plus qu’à celle des deux autres systèmes reconnus dans le cadre du concept général de développement durable.  L’idée-centre « décentralisation » se comporte de manière similaire à celle d’autodétermination relative aux valeurs de Schwartz, c'est-à-dire qu’elle atteint principalement les acteurs du monde municipal et régional.  Les idées-centres « développement local et régional », « prise en main », « consensus » et « savoir- faire » sont des idées satellites à celle de décentralisation.  Les idées-centres « information » et « éducation » présentent les mêmes phénomènes représentationnels entre les divers groupes d’acteurs et comportent sensiblement les mêmes éléments satellites.  Comparativement à l’idée d’information, celle d’éducation constitue un cas spécifique présent dans seulement 18% des mémoires de l’échantillon.  Dans l’ensemble, ce sont surtout les acteurs du monde agricole et les groupes autochtones qui ont le moins recours à cette idée-centre.  Autrement, bien qu’on n’observe que peu de différences significatives chez les groupes d’acteurs entre eux, l’idée-centre semble se comporter sensiblement de manière similaire à celle de « critères ».


Conclusion

La forêt québécoise a longtemps été un objet de préoccupation, elle est devenue un enjeu politique de différents acteurs sociaux.  La Commission Coulombe a été le lieu privilégié d’observation et d’étude des représentations des différents groupes impliqués, et l’indication du type de communication à l’œuvre.  Depuis les trois à quatre dernières décennies, de nouvelles représentations sociales et culturelles à l’égard de la forêt ont connu une évolution importante.  Plusieurs pratiques autrefois admises sont devenues aujourd’hui inacceptables.  Il en a été de même pour certaines attitudes révolues.  Graduellement, la population québécoise est devenue plus sensible et préoccupée par la manière dont l’État assurait la gestion d’un bien collectif tel que la forêt.

L’accentuation des divergences, conséquente d’une valorisation idéologique intrinsèque, occasionne également des écarts dans la valorisation des idées.  Certaines deviennent à la fois populaires aux yeux de certains groupes et impopulaires aux yeux d’autres groupes.  On a noté par exemple, que l’idée « critère » marque une rupture communicationnelle entre le mouvement coopératif et les groupes environnementaux.  L’idée « norme » traduit quant à elle, une distance communicationnelle entre les acteurs politiques régionaux et municipaux, et l’industrie.  L’idée « décentralisation » vient isoler le groupe des acteurs politiques régionaux et municipaux des autres groupes.  Relativement au même groupe d’acteurs, l’idée « transformation » vient ajouter du poids à celles qui l’opposent déjà au groupe des acteurs qui s’identifient aux usages récréotouristiques de la forêt.  Pour ce qui est des groupes autochtones, c’est l’idée « droit » qui les fait se distinguer le plus des autres groupes.

La certification a trouvé de très forts adhérents avec les acteurs de l’industrie.  Avec cette idée, il est question de rendre la normalisation de la forêt plus démocratique.  Aujourd’hui, les tables de certification sont composées de représentants issus des divers groupes d’intérêt.  On y trouve des groupes environnementaux, des acheteurs, des représentants gouvernementaux ou issus des milieux universitaires par exemple.  Pour un industriel, la certification permet maintenant de satisfaire des acheteurs de plus en plus concentrés et exigeants.  Elle permet également de satisfaire une opinion publique devenue très critique et les acteurs de la scène politiques, lesquels détiennent le pouvoir sur l’attribution de la ressource première.  Il est devenu impératif que tous ces intervenants se mettent sur le même diapason car il en va effectivement de la survie d’une industrie essentielle pour le développement économique du Québec.


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Les valeurs de la forêt publique québécoise selon les mémoires de la Commission Coulombe

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Contexte

À la fin des années ‘1990’, suite à la sortie du film « L’Erreur Boréale » une vaste commission d’étude a été instituée dans le cadre de laquelle la population québécoise a été invitée à se prononcer sur la gestion de la forêt publique.  Cette commission d’étude fut largement médiatisée, et pour cause ; elle arrivait à un moment où le débat sur la gestion de la forêt publique québécoise atteignait un point d’effervescence sans précédent et entretenait des situations d’indiscussion devenues perceptibles à l’échelle de la province, où des idées socialement construites arrivent en confrontation et où des institutions se mettent en place pour mieux tenir compte de l’opinion publique.  Quels étaient les enjeux du d&ea ute;bat sur la forêt ?  Au plan sociologique, quelles étaient les valeurs et les logiques explicatives qui orientent, alimentent et structurent le discours sur la forêt ?  La forêt demeure un bien public inestimable et peut se prêter à une multitude d’usages et de vocations parfois mutuellement exclusives.  Aussi, il importe de porter attention à ce que disent les divers acteurs impliqués dans la gestion forestière et les parties prenantes de cette dernière, notamment les acteurs qui participent aux consultations publiques.  Une analyse des modes de représentation retenus dans les discours, permettrait d’esquisser une interprétation de ce que peut représenter une gestion que l’on souhaite voir s’harmoniser et s’intégrer à la poursuite du bien commun.


Adhésion relative des groupes d’acteurs, aux différentes valeurs de Schwartz


Adhésion relative des groupes d’acteurs, aux différents mondes de Boltanski


Adhésion relative des groupes d’acteurs, aux fondements empiriques communs simples


Adhésion relative des groupes d’acteurs, aux fondements empiriques complexes


Théorie


Trois conditions apparaissent essentielles à l’exercice démocratique ; soi la présence d’un espace public de délibérations, celle d’un domaine de prise de position propice au débat et celle de médiateurs d’opinions pour assurer une passerelle communicationnelle et permettre que les idées puissent évoluer.  On entend par espace public, un lieu d’exercice des dynamiques du pouvoir ou une plate-forme des délibérations publiques.  L’espace public intervient telle une interface d’échanges entre le système social institutionnalisé et le Monde vécu formé de personnes privées.

Deux modèles théoriques explicatifs ont été retenus pour analyser les textes contenus dans les mémoires déposés lors des audiences de la Commission Coulombe.  Ces modèles sont conçus pour s’appliquer à la société en général et aux divers domaines de prise de position de la vie sociale.

Le modèle de Shalom H. Schwartz comporte un ensemble de 10 valeurs types dont les positions relatives et les distances qui les séparent les unes des autres n’ont rien d’arbitraire.

Selon un autre modèle théorique, en occurrence celui de Luc Boltanski, on distingue six logiques de vie en société.  Ces logiques offrent chacune des principes et un système de justification qui leur sont propres.


Méthodologie


Le groupement des acteurs comporte 14 catégories.  La catégorie des associations comprend les groupes et ordres professionnels.  La catégorie « autres » comprend surtout des individus et quelques acteurs non classés.  La réalisation du portrait de positionnement idéologique des différents groupes d’acteurs entre eux, et le groupe des acteurs de la forêt par rapport aux modèles théoriques, repose sur une démarche méthodologique en quatre étapes :

• L’analyse qualitative et semi-qualitative
• L’analyse quantitative
• La vérification de l’hypothèse

Référence :

Thèse de doctorat sur les représentations sociales et culturelles de la foresterie au Québec s'abonner
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